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25. Экзистенциальная феноменология и бессознательное с точки зрения психиатрии А. Татосян (La phenomenologie existentielee et l'inconscient. Un point de vue psychiatrique. A Tatossian)

25. La phenomenologie existentielee et l'inconscient. Un point de vue psychiatrique. A Tatossian

Universite de marseille. Faculte de medecine, France

Il n'est pas necessaire de justifier longuement l'expression de "phenomenologie existentielle": toute l'oeuvre du Husserl tardif et les inedits des Husserliana legitiment cette orientation existentielle, prevalente dans la reception francaise de la phenomenologie et constituant une phenomenologie authentique. C'est cette phenomenologie existentielle, seule possible pour le psychiatre, qu'impose la problematique de l'inconscient, s'il est vrai que le domaine psychopathologique en est une voie d'acces privilegiee. Un autre motif d'exprimer un point de vue psychiatrique est que, s'il n'existe pas, a quelques exceptions pres (Buytendijk), de psychologie phenomenologique autonome, la constitution d'une psychiatrie phenomenologique a illustre l'affinite speciale du fait psychiatrique et de la phenomenologie.

La coïncidence historique du developpement de la psychanalyse a suscite assez naturellement une confrontation avec l'inconscient chez les philosophes comme chez les psychiatres phenomenologues. Mais les premiers, apres un refus initial mais ephemere de l'inconscient freudien, souvent a travers des tentatives d'equivalence plus ou moins fructueuses, semblent en France converger vers lui - même s'ils reconnaissent implicitement (Merleau-Ponty) ou explicitement (Ricoeur) s'arreter a son seuil, encore que De Waelhens aboutis-se a une "elucidation existentiale" de l'inconscient. L'evolution de la confrontation a pris un cours assez different chez les psychiatres phenomenologues, bien illustre dans le cas de Binswanger qui considere initialement avec faveur l'entreprise freudienne mais renforce ses objections au fil des ans et surtout aboutit a une sorte d'indifference ou de neutralite: la problematique de l'inconscient, absente dans les dernieres oeuvres, parait etrangere a l'axe et au plan de sa pensee.

Ces differences tiennent certes a des contingences historiques et notam-ment a la sollicitation de la philosophie phenomenologique existentielle, principalement francaise, par le renouvellement de l'inconscient freudien dans la psychanalyse de Jacques Lacan, alors que la psychiatrie phenomenologique "est restee presqu' exclusivement d'expression germanique. Mais des raisons plus profondes interviennent. L'exigence de la confrontation avec l'inconscient freudien peut etred'ordreepistemologiqueou d'ordreexperientielet prin-

cipalement alors dans la rencontre effective avec l'homme malade. Le philosophe ne peut guere eviter le premier type d'exigence alors que le psychiatre est surtout sensible au second. Il n'est justement pas evident que l'experience propre au psychiatre phenomenologue lui fasse rencontrer l'inconscient au sens freudien du mot.

Encore faut-il preciser ce dernier auquel nous nous bornons ici. Chez-Freud, "l'inconscient au sens descriptif" designe "sans discrimination l'ensemble des contenus et des processus psychiques qui ont en commun le seul caractere, negatif, de n'etre pas conscients" (Laplanche et Pontalis): il englobe done a la fois le preconscient, potentiellement toujours accessible a la conscience, et le veritable inconscient freudien qui n'apparait que dans l'experience analytique. Il у apparait indissolublement comme adjectif et substantif, motif et cause, sens et force: il faut bien en effet que l'inconscient se rassemble en un "lieu psychique", en un systeme ou en une structure pour pouvoir rendre compte des lacunes du discours conscient. Mais hors de l'experience analytique l'inconscient freudien semble un hybride monstrueux, rabattu au plan de la chose par la tentation realiste et meme neurologisante ou au plan du sens par l'арproche hermeneutique. Celle-ci, de Jaspers aux philosophies du langage (Ryle,. Macintyre, Flew) conclut que Freud croit expliquer la ou il comprend ou decrit seulement et qu'il ne fait pas dans la pratique ce qu'il dit dans sa theorie. Mais l'experience analytique n'en est pas moins reelle et Ricoeur peut bien parler de "detresse phenomenologique" devant cemixte specifique qu'elle revele: l'inconscient.

Les ressources de la phenomenologie husserlienne devant l'inconscient

Pourtant, meme chez le fondateur de la phenomenologie, l'inconscient n'est pas absent et Drue montre clairement sa place dans le "systeme de la psychologie phenomenologique" qu'il degage a partir des oeuvres publiees et des inedits de Husserl. Le refus de l'inconscient n'est chez lui qu'un echo initial et ephemere de la doctrine de Brentano qui identifiait phenomene psychique et phenomene conscient. La phenomenologie husserlienne n'est que methodologiquement philosophic de la conscience et la reflexion de la conscience lui fait voir justement un autre qu'elle.

L'inconscient husserlien comporte une duaKte bien degagee dans la Krisis: "..dans le concept de "conscience d'horizon"... dans l'intentionnalite d'hori-zon sont deja contenus des modes tres varies d'une intentionnalite inconsciente, au sens habituel et etroit du mot, dont on peut cependant montrer la covivance et le cofonctionnement selon des modalites tres variees. Mais il existe encore au dela... des intentionnalites "inconscientes". Leur appartiendraient en effet les affects refoules d'amour, d'humiliation, de ressentiment.. decouverts par la nouvelle "psychologie des profondeurs" (avec les theories de laquelle nous ne nous identifions pas)".

L'inconscient d'horizon apparait dans Ideen I: chaque intention consciente comporte un horizon co-vise et со-vecu dont les elements sont presentement non conscients. Cet inconscient se trouve du cote du cogitatum ou du noeme et est centre sur le pole objectif de l'intention dans un vecu amorce mais non opere. Le moi ne s'y engage pas, n'y vit pas comme sujet operant mais a toujours la possibilite de le faire grace a l'intrication dans l'horizon total des horizons du cogitatum actuel etdes cogitata inactuels. Cet inconscient d'horizon qui est "conscience inactuelle" est assimilable au preconscient freudien dont il partage la facilite (relative) de passage du non-conscient au conscient.

Mais des Ideen II, peut-etre sous l'impression des decouvertes freudiennes, apparait la seconde forme de l'inconscient husserlien qui, par son inaccessibilite principielle a la conscience, se rapproche de l'inconscient freudien vrai. C'est l'inconscient comme habitualite qui siege au pole subjectif des vecus. Les habitualites du sujet transcendantal sont le fondement des tendances de l'individu concret a tel ou tel comportement habituel. En effet de tout vecu le sujet transcendantal herite d'une part les unites de sens objectives qu'il a pu constituer et d'autre part les "empreintes" deposees au pole subjectif, e'est-a-dire les habitualites. Meme quand il s'agit de vecus egoiques (ichlich) ou le Je est present, cette sedimentation de l'habitualite est en general une modification passive. Elle Test forcement pour les vecus non-egoi'ques, soit la totalite des vecus constituants precedant l'apparition du Je (l'enfant humain avant deux ou trois ans, l'arriere profond, l'animal) mais aussi une bonne partie des vecus constituants posterieurs a cette apparaition du Je. Or la possibilite de la conscience de soi etant liee a la presence d'un Je et la possibilite du souvenir actif etant liee a la premiere, les habitualites formees de maniere nonegoique sont principiellement inaccessibles a la conscience: elles ne peuvent jamais etre donnees de facon originaire mais seulement dans des "intentions vides", serait-ce dans l'experience analytique (Drue).

Le pouvoir du Je conscient est severement limite car toute intentionnalite active implique le fondement d'une intentionnalite passive, constituant un objet qui puisse "affecter" le Je et le determiner a Facte. C'est pour cela que la comprehension de l'analyse intentionnelle implique l'appel a une theorie intentionnelle de l'inconscient selon Fink (Annexe XXI de Kjisis): l'intentionnalite explicite ou thematique renvoie obligatoirement a une "fungierende Intentionalitat", implicite et anonyme (De Waelhens). Le Je n'apparait que sur le "fond osbcur" d'une vie transcendantale anonyme ou regne la tendance passive et ou se forment les habitualites regissant les tendances caracterielles au sens le plus large. A travers toute la vie de l'esprit oeuvre l'efficacite aveugle des associations, des instincts, des sentiments, des tendances obscures etc. qui determinent selon des regies elles-memes aveugles "le cours ulterieur de la conscience" (Ideen II). Ces regies ressortissent a la structure de l'intentionnalite anonyme de la subjectivite non-egoique et le Je individuel concret peut aussi peu les modifier que les regies des demarches mathematiques (Drue). LeJenepeut nicreerni transformer les sens des poles intentionnels: il peut seulement choisir parmi eux. Une consequence est qu'une formulation phenomenologique du refoulement ne pourrait accepter la moindre participation du Je: le refoulement consisterait uniquement en "l'aspiration" par la subjectivite non-egoique de noemes intentionnels "genants" pour les, habitualites existantes, sans qu'il s'y ajoute une repulsion de la part du Je qui est ainsi paradoxalement encore moins puissant que le Moi psychanalytique (Drue).

Le Je et la conscience ne sont en fait que des fonctions "occasionnelles" ou "accidentelles" dont l'apparition est contingente dans l'histoire de la subjectivite ou plutot dans son deroulement car, pour Husserl, historicite presuppose l'existence d'un Je. La subjectivite transcendantale a pour tache primaire de viser et constituer le monde: simplement, a l'occasion des constitutions necessaires a cette tache, le Je humain individuel et conscient se forme passivement au pole subjectif des intentions, comme une sorte de sousproduit des processus constituants.

Ce bref expose des ressources de la phenomenologie husserlienne devant l'inconscient peut faire conclure avec De Waelhens que: "si, vraiment, (elie) est la philosophie qui accepte de s'interroger, enfin et jusqu'au bout, sur ce qu'est la conscience, en contestant resolument que nous en ayons un savoir reposant sur une intuition immediatement exhaustive alors une veritable explicitation de ce qu'est l'inconscient ne peut s'effectuer qu'a partir de la phenomenologie et dans le prolongement de celle-ci". L'inconscient у est en effet indique des le debut dans deux domaines: comme horizon du champ de la conscience et comme fonctionnement non-egoique dans le developpement de la subjectivite transcendantale vers l'individuation et l'apparition du Je concret humain. Ces deux domaines correspondent-ce qui ne surprendra pas le psychiatre - a la pathologie de la conscience et a la pathologie du Moi, distinguees par Henri Ey, et c'est bien a leur propos que se posera la problematique de l'inconscient dans la phenomenologie extra-husserlienne.

Mais l'inconscient non-egoique, qui nous interesse ici au premier chef, s'il partage avec l'inconscient freudien la priorite par rapport a la conscience et l'inaccessibilite a celle-ci qui ne peut qu'en rien savoir tout en lui obeissant ainsi que l'anhistoricite, s'en differencie par les circonstances de decouverte et la nature profonde. L'inconscient husserlien est decouvert dans une experience reflexive et dans la reduction solitaire alors que l'experience analytique comporte la presence obligatoire de l'autre: le fosse n'est pas comble vraiment par l'exception contestable de l'autoanalyse ni par l'elargissement de la subjectivite transcendantale en intersubjectivite. D'autre part la genese exclusivement passive de l'inconscient husserlien est responsable du caractere heteroclite des habitualites qui la composent et dont beaucoup ont peu ou pas de signification pratique - Mais surtout cette genese trouve son echo psychiatrique dans l'apparition de l'inconscient par la "faiblesse psychologique" (Janet) ou les etats hypnoides de Breuer - alors que chez Freud une etape decisive est le remplacement de "l'hysterie hypnoide" par "l'hysterie de defense". Bien que la psychanalyse actuelle nuance peut-etre les notions de defense et de conflit, elles lui restent essentielles alors que l'inconscient husserlien n'y debouche guere. Il est bien certain que Husserl ne cherchait pas et n'avait pas a chercher une formulation phenomenologique de l'inconscient freudien mais il est important que la voie ou il s'engage ait peut-etre une toute autre direction.

L'inconscient et la phenomenologie post-husserlienne

Nous nous limiterons ici aux phenomenologues de langue francaise, evitant la tache perilleuse de degager les implications de la pensee heideggerienne quant aux problemes de l'inconscient. Ces implications ne sont pas douteuses puisque "L'Etre et le Temps" a ete, legitimerrent ou non, la source d'inspiration majeure de la psychiatrie existentielle et que Boss a trouve chez Heidegger le motif d'une revision severe des concepts psychanalytiques, у com-pris celui d'inconscient. Mais la pensee de Heidegger ignore la distinction du conscient et de l'inconscient et se tient sur le plan du Dasein, de la Presence humaine et plus profondement sur celui de l'Etre. La contingence de la conscience pour la subjectivite husserlienne amorcait d'ailleurs cet elargissement de l'analyse a l'existence humaine comme totalite.

Chez Sartre et Merleau-Ponty la problematique de l'inconscient freudien apparait de facon laterale au cours ou a l'horizon de leurs elucidations phenomenologiques de l'existence humaine mais ulterieurement Ricoeur et De Waeh-lens et aussi Maldiney l'abordent directement dans leur lecture de Freud et aussi de Lacan. Chez chacun de ces auteurs comme pour leur ensemble, on peut admettre un rapprochement progressif plus ou moins pousse vers l'inconscient freudien.

La position initiale de Sartre dans "La transcendance de l'Ego" est celle d'un refus de l'inconscient, assimile d'ailleurs implicitement au preconscient. La conscience у est definie comme spontaneite impersonnelle se produi-sant elle-meme et transparence totale a elle-meme. L'inconscient opacifierait la conscience et "l'existence anterieure des spontaneites dans les limites preconscientes sera it necessairement une existence passive". La conscience ne "sort" done pas de l'inconscient qui lui imposerait en fait un determinisme nie par Sartre. Mais la conscience ne "sort" pas non plus d'un Je, d'un Ego psychologique qu'elle constitue en realite comme objet transcendant, ce par quoi Sartre s'oppose peut-etre au Husserl des Ideen mais non a celui des Recherches Logiques ni sans doutea celui de l'oeuvre tardive.

Par sa these de la transcendance de l'Ego, Sartre aboutit a la notion de mauvaise foi qui lui parait remplacer avantageusement l'inconscient dans "L'Etre et le Neant". La coquette qui sedissimule la signification sexuelle d'un rendez-vous, l'homosexuel qui se reconnait tel mais non comme pederaste, le voleur qui attribue a la cupidite ce qui ressortit a un desir d'auto-punition oedipien presentent des conduites de mauvaise foi - comme le sont les emotions ou l'individu, desireux de modifier sa relation au monde, change son corps, ne pouvant changer le monde. Toutes ces conduites qui permettent d'etre menti au lieu de mentir ont leur prototype dans la constitution de l'Ego transcendant qui a pour fonction essentielle de cacher sa spontaneite a la conscience, s'y posant comme autre que soi. L'inconscient semble expliquer ces mensonges sans menteurs mais la censure doit connaitre ce qu'elle refoule et la conscience (du) refoulement se donne a elle-meme comme n'en etant pas conscience: ou bien l'explication par l'inconscient rompt l'unite psychique necessaire a ces conduites et elle n'explique rien ou bien elle retrouve cette unite au niveau de la censure mais alors l'inconscient n'est pas vraiment distinct de la conscience. En realite la mauvaise foi sartrienne ne resout pas le probleme vise par l'inconscient freudien mais, comme le montrent Laplanche et Leclaire, le probleme pose par la "censure" entre Preconscient et Conscient - soit la repression (Unterdruckung) et non pas celle entre Inconscient et Preconscient-Conscient - soit le refoulement (Verdrangung). La Hste des exemples effectivement resolus par la notion de mauvaise foi illu.stre aisement ce malentendu. Mais l'analyse de cette notion a le merite d'indiquer le domaine ou, en dehors de la mauvaise foi, une autre solution au probleme de l'inconscient est proposee par Sartre, celle de la "psychanalyse existentielle". Ce domaine est la conscience pre-reflexive ou non-positionnelle, le cogito рre-reflexif, la conscience pre-personnelle. Mais a la difference des notions equivalentes chez Husserl, la conscience pre-reflexive sartrienne est une conscience situee et engagee, la conscience d'un individu concret.

La psychanalyse existentielle, qui a assez peu a voir, quoi qu'en dise Sartre, avec la psychanalyse freudienne mais a quelques affinites avec la psychologie individuelle d'Adler (Ellenberger) et avec l'analyse existentielle, d'ailleurs plus riche, de Binswanger, est presentee dans "L'Etre et le Neant" et appliquee ulterieurement a Baudelaire, Jean Genet et, non sans modifications, a Flaubert. Elle a le sens d'une hermeneutique des comportements empiriques de l'individu dont elle dechiffre le "projet fondamental" a la fois symbolise et masque par chaque aspect de ses conduites et a chaque moment de sa vie. Pour Sartre ce but hermeneutique est celui de la psychanalyse dont ilrejette en revanche tous les concepts, gratuits parce qu'indirectement etablis, comme l'inconscient, les constructions comme le Ca et le Surmoi, les mecanismes de defense, les "irreductibles" arbitraires comme la libido et tout particulierement le determinisme mecanique. Le choix fondamental d'un certain style d'etre-au-monde est fait dans la liberte absolue de la conscience et differe selon l'individu bien qu'en derniere analyse le projet soit toujours l'expression de la volonte du Pour-Soi d'etre En-Soi; c'est-a-dire Dieu. Ce choix peut d'ailleurs changer a tout moment de par la liberte de la conscience. Le dechiffrement est permis par notre comprehension apriorique et "pre-ontologique" de l'etre humain mais elle ne semble pas premunir dans les analyses concertees de Sartre contre des intuitions personnel les et discutables. Le refus de l'inconscient permet a Sartre d'accepter la possibilite d'une verification par la prise de conscience de l'analyse, a la difference des psychanalistes.

"Questions de methode" et "L'idiot de la famille" apportent a propos de Flaubert la psychanalyse existentielle la plus elaboree de Sartre, qui ne la presente d'ailleurs pas sous ce nom. En fait Sartre s'y rappoche a la fois de la psychanalyse et du marxisme, comme si la psychanalyse existentielle dans sa definition originelle ne suffisait pas a sa propre garantie. D'une part Sartre semble accepter le role determinant de l'enfance et restreindre la liberte absolue du choix fondamental qui est pour Flaubert de se faire exister comrne passivite active: comme le note De Waelhens, Il ecrti que Flaubert s'est constitue passif alors que jadis il aurait ecrit qu'il s'est voulu passif, ce qui equivaut a une reconnaissance du role directeur de l'insonscient sauf recours a une analyse precise de la constitution au sens phenomenologique. D'autre part dans la "Critique de la Raison Dialectique", l'existentialisme sartrien se subordonne apparemment au marxisme et incorpore la dialectique mais ne s'en estime pas moins indispensable pour permettre par le mouvement dialectique entre l'individu et le tout une "comprehension totalisante". A bien lire les dernieres oeuvres de Sartre, le reproche que lui fait Seve de psychologiser l'anthropologie parait valide: Sartre n'accepte reellement ni l'inconscient freudien c'est a-dire l'excentration du Moi dans le sujet psychologique ni l'inconscient marxiste au sens deSeve, c'est-a-dire l'excentration sociale de l'essence humaine. L'existentialisme sartrien demeure un humanisme speculatif d'ascendance car-tesienne.

Lechemin suivi par le moins cartesien des phenomenologues francais, Merleau-Ponty, semble mener plus authentiquement vers l'inconscient freudien. La Constance de I'interet et du respect de Merleau-Ponty pour les sciences empiriques le permet. Il n'a jamais refuse la psychanalyse mais bien plutot, comme il l'evoque lui-meme dans sa preface au livre de Hesnard sur Freud, lutteindi-rectement contre ses deux deviations essentielles: la deviation objectiviste et la deviation idealiste.

C'est a la premiere que s'affronte le premier Merleau-Ponty dans son refus du realisme naif et du causalisme de l'inconscient, presents dans le langage de Freud si non dans sa pensee. Dans "La Structure du Comportement" Merleau-Ponty reprend Interpretation goldsteinienne de l'inconscient comme resultat d'une integration defectueuse, laissant persister des systemes isoles: l'inconscient n'est qu'une forme archaique de fonctionnement du psychisme et cette conception, qui definit l'inconscient de fagon purement formelle plutot que comme ensemble de contenus, revient a le nier car n'est defini que de facon negative par rapport a la conscience. Mais cette premiere oeuvre de Merleau-Ponty a plutot valeur de prolegomenes a la phenomenologie (Spiegelberg). La "Phenomenologie de la Perception" centre ses problemes sur l'existence humaine comprise comme presence au monde, presence incarnee et presence perceptive au Lebenswelt husserlien, pre-theorique et pre-predicatif. C'est la le vrai cogito qui doit remplacer le cogito cartesien et la conscience, un cogito pre-reflexif et engage. Cette existence humaine est individuelle et non impersonnelle ni supra-individuelle: elle decide et elle choisit, elle est libre meme si cette liberte apparait sur le fond de significations sedimentees, raeme si cette liberte est limitee par la situation et la pre-reflexivite de l'existence. L'existence n'a pas besoin d'etre consciente mais elle n'a pas non plus besoin de l'inconscient qui dans la "Phenomenologie de la perception" ne pose pas de probleme specifique et est resorbe dans la rubrique du pre-personnel (Pontalis). Pour Lefeuvre, l'inconscient est constamment esquive dans la "Phenomenologie de la Perception": l'existence peut se perdre dans l'opacite corporelle mais elle joue plutot a s'y perdre car elle n'oublie jamais totalement que c'est elle qui l'а decide. De meme le sentiment refoule n'en est pas moins toujours vecu par moi "et en ce sens il n'y a pas d'inconscient". Mais Merleau-Ponty ajoute: "Je peux vivre plus de choses que je ne m'en represente, mon etre ne se reduit pas a ce qui m'apparait expressement de moi-meme. Ce qui n'est que vecu est ambivalent..."; la notion d'ambiguite reprend ainsi chez Merleau-Ponty la notion sartrienne de mauvaise foi. Dans son livre, I'inconscient est traite uniquement comme sens, alors qu'il у a une "instance de la lettre dans I'inconscient" (Lacan) qui, seule, lui permet de sous-tendre le sujet dans une excentration radicale. Lacan reprochera a Merleau-Ponty la persistance de l'illusion du sujet, ce qui revient a lui reprocher la persistance d'un idealisme.

Pourtant Merleau-Ponty caracterise parfois le "vrai cogito" en termes impersonnels: "il у a conscience de quelque chose, quelque chose se montre, il у a phenomene", ce qui reprend la notion d'une subjectivite non-egoique et meme non individuelle dans le droit de la pensee de Husserl tardif. Il est cependant vrai que dans la preface deja citee Merleau-Ponty lui-meme parait bien critiquer un certain idealisme de sa propre oeuvre anterieure et annoncer une phenomenologie "qui, (descendant) dans son propre sous-sol, est plus que jamais en convergence avec la recherche freudienne". Ce sous-sol c'est celui du corps propre, du langage et aussi de l'Alter Ego, tels que les presentait la "Phenomenologie de la Perception". Les analyses concretes de Husserl у decouvraient deja le corps sujet/objet, le temps qui n'est pas actes de la conscience, l'autrui ne de moi, l'histoire qui est ma vie en autrui et inversement - toutes decouvertes non subsumables sous la correlation Conscience |Objet ou Noese|. Noeme. Merleau-Ponty presentera sa propre analyse de ce sous-sol dans son oeuvre inachevee.: "Le Visible et l'Invisible".

L'existence n'y est plus le dernier mot de la phenomenologie et, selon le commentaire de Lefeuvre, il у a avant elle et comme son fondement une vie anonyme, un autre sujet audessous de moi, une vie pre-personnelle qu'il ne suf-fit plus d'identifier auflux temporel pour le comprendre. Il faut aller jusqu'au corps saisi dans sa reversibilite essentielle de visible-voyant, comme "etre a deux feuillets" entre lesquels s'intercale le monde ainsi perceptible mais aussi bien Autrui et la parole. Cette fissuration ou segregation de l'etre permet la separation du corps et du monde, celle des instants du temps comme celle des diverses figures intra-mondaines mais garantit aussi leur continuite. Mais c'est aussi la fonction profonde de l'inconsient freudien que d'etre le "tissu conjonctif" qui separe et unit, fonction que la conscience doit justement ignorer pour pouvoir percevoir, parler, communiquer.

Lefeuvre peut ainsi caracteriser le passage de la "Phenomenologie de la Perception" a "Le Visible et l'Invisible" comme celui d'une phenomenologie existentielle a une ontologie de la chair, a une sorte de "psychanalyse ontologique", convergeant avec la psychanalyse lacanienne vers l'inconscient freudien compris comme "un concept forge sur la trace de ce qui opere pour constituer le sujet" (Lacan). Mais si, comme le veut Lefeuvre, la psychanalyse et la phenomenologie se rencontrent dans l'ontologie, il faut accepter que les "antecedents" existentialistes de Merleau-Ponty suffisent a expliquer, meme dans "Le Visible et l'Invisible", la substitution des "existentiaux" caracterises comme "fort simples et nullement caches" a l'inconscient. Il faut surtout accepter que "I'inconscient appelle son ontologie" et que la metapsychologie de Freud ne vise pas a systematiser "dans un langage fait sur mesure" les experiences tres concretes de la situation analytique mais est d'ordre ontologique. Si la proximite du dernier Merleau-Ponty par rapport a I'inconscient freudien reste contestable, il vaut en tout cas de suivre son conseil: "apprendre a lire Freud comme on lit un classique, c'est-a-dire en prenant les mots et les concepts theoriques dont il se sert non dans leur sens lexical et commun, mais selon le ;sens qu'ils acquierent a l'interieur de l'experience qu'ils annoncent et dont nousavons par devers nous beaucoup plus qu'un soupcon". C'est ce qu'a fait o Ricoeur dans son son essai sur Freud: "De l'Interpretation".

Le livre de Ricoeur n'est qu'une etape de son projet permanent, la fondation d'une l hermeneutique, qui rencontre dans le freudisme un probleme epistemologique, [car "les ecrits de Freud se presentent d'emblee comme un discours mixte, voire ambigu, qui tantot enonce conflits de force justiciables d'une energetique, tantot des relations de sens justiciables d'une hermeneutique". Ce caractere mixte est l'expression fidele et valide de l'experience analytique et il concerne avant tout la notion centrale d'inconscient. La composante hermeneutique explique que l'assimilation de l'inconscient par la psychologie "scientifique" soit impossible ou plutot sans signification car les concepts analytiques doivent etre juges non pas dans le cadre d'une science de faitsou d'observation mais "a titre de conditions de possibilite de l'experience analytique" et meme plus precisement a titre de "conditions de possibilite d'une semantique du desir" qui est la visee propre de l'analyste. Ricoeur se tourne alors assez naturellement vers la phenomenologie husserlienne comme voie d'approche, en annongant par avance que cette tentative doit echouer: "la phenomenologie permet "une approximation veritable, qui serre au plus pres I'inconscient freudien et finalement le manque, n'en donnant une comprehension qu'a la limite d'elle -meme".

Certes la reduction phenomenologique, en deposant l'attitude naturelle de la conscience immediate, montre que sa fonction essentielle est de meconnaissance de soi et prepare la place de I'inconscient. La definition du psychique par l'intentionnalite ajoute que la conscience est avant tout visee d'un sens autre qu'elle-meme et non conscience de soi, d'autant plus que toute intentionnalite active renvoie a une intentionnalite passive, a une genese passive qui la fonde: ce sens "qui s'accomplit sans moi", qui n'est ni moi ni chose, a le mode d'etre du corps et le sens incarne qu'est la perception propose un "modele perceptif de l'inconscient". Enfin grace a l'analyse du langage comme dialectique de la presence et de l'absence, l'implicite (le co-vise obscur) de la perception apparait comme une presence-absence au sujet tandis que la reference obligatoire mais cachee du sens perceptif a Autrui impose la dimension intersubjective a ce modele phenomenologique de l'inconscient, capable alors de fonctionner comme "condition de possibilite d'une semantique du desir".

Et pourtant Ricoeur se voit force de limiter la portee de chacune de ces quatre "indications" de la phenomenologie vers l'inconscient et de conclure que "la phenomenologie ne rattrape pas la psychanalyse mais en donne seule-ment, par difference evanouissante, une sorte de compehension a la limite d'elle-meme". La reduction est une operation reflexive et libre alors que la psychanalyse est une technique et impose par sa regie fondamentale l'abandon du controle de la conscience. Mais le point important et peut-etre corollaire du precedent est que, si le sens phenomenologique est analogue au sens inconscient freudien, chacun entretient avec les autres sens une relation radicalement differente. Chaque sens phenomenologique renvoie librement a l'autre alors que "l'important, pour l'analyse, c'est que ce sens est seраre de la prise de conscience par une barre. C'est la l'essentiel de l'idee de refoulement". Pour Ricoeur la phenomenologie ne rend pas reellement compte du fait que la barre principale separe l'inconscient du preconscient et non le preconscient du conscient: l'inconscient de la phenomenologie, c'est le preconscient de la psychanalyse. Cette barre ou, ce qui revient au meme, le realisme particulier de la topique freudienne sont possibles chez Freud parce que la metapsychologie comporte un point devueeconomique: "c'est la fonction de la metaphore energetique de rendre compte de la disjonction entre le sens et le sens" et de permettre ainsi la segregation de l'inconscient comme les conflits au sens freudien vu encore les formations de compromis. C'est parce que la phenomenologie ne peut integrer la double nature hermeneutique et energetique de la psychanalyse qu'elle s'arrete au seuil de la terre promise de l'inconscient; c'est pour la meme raison qu'elle ne peut assimiler l'experience analytique et les notions de resistance, trunsfert, frustration... car leur source commune est dans le travail, dans l'aspect energetique de ce qui se passe chez l'analyse comme chez l'analyste.

L'echec final de la phenomenologie devant l'inconscient freudien chez Ricoeur incite a preciser les conditions de son "elucidation existentiale" annoncee par De Waelhens, appuyee sur les formulations de Maldiney. A la verite cette elucidation suppose un double deplacement, celui de la phenomenologie husserlienne vers l'analytique existentiale de Heidegger et celui de l'inconscient freudien vers sa version lacanienne. D'une part en effet la conscie nee mais peut-etre aussi son Autre - l'inconscient - sont resorbes dans la Dasein comme etre-la, Presence a... et l'intentionnalite n'est plus source mais aspect de la transcendance. D'autre part la pensee lacanienne selon quoi "l'inconscient est structure comme un langage" est prise a la lettre, malgre les reserves de Ricoeur qui insiste sur le "comme". S'appuyant sur "l'identite des structures signifiantes et existentielles", affirmee par Maldiney, De Waelhens identifie sens freudien et sens existentiel: "Il s'agit d'unsens qui, au contraire de la pensee phenomenologique, coincide, a tous ses degres.. avec l'existence de celui qui l'exprime". Mais en fait ce sens n'est pas une donnee et n'est ni chez l'analyse ni chez l'analyste mais dans le dialogue psychanalytique comme parole, une parole "qui en quelque sorte va au-dela d'elle-meme, puisqu'elle passe ou peut passer le sens conscient que chacun d'eux (les partenaires du dialogue) lui accorde immediatement". L'analyse peut debuter la cure en attendant de l'analyste un portrait veridique de soi-meme, e'est-a dire le sens inconscient de ses comportements et de son etre mais l'analyste ne peut pas et ne veut pas le lui fournir. C'est la restauration de la Presence, de la "Transcendance active" (Maldiney) de l'analyse que vise l'analyste par instauration de ce sens inconscient. L'analyste n'a pas a livrer a l'analyse "un sens deja constitue par ailleurs", qui n'existe pas, mais "litteralement une expression' - done (puisque telle est constitutionnellement la parole), une artiсulation de ses conflits avec laquelle il peut entrer en resonance et etre induit a les articuler lui-meme sur un autre mode qu'il a fait jusque-la" - Quant aux resistances de l'analyse, elles ne consistent pas tant en essais de camouflages et de deformations de sens inconscients effectifs qu'en elaboration "d'un systeme d'ancrages et d'horizons successifs" permettant d'eviter la transcendance active qu'il est. Maldiney resume un aspect essentiel de son propos en voyant dans l'analyse freudienne une phenomenologie de la presence et non une phenomenologie de la conscience. Que cette elucidation existentiale corresponde a une experience analytique possible n'est pas dou-teux, d'autant plus qu'on en retrouve les traits fondamentaux dans la formulation explicitement heideggerienne de la praxis psychanalytique chez le psychanalyste Medard Boss. Mais ce dernier est conduit a affirmer l'inadequation de la theorie psychanalytique a cette praxis et a rejeter pratiquement les concepts d'inconscient, de resistance, de transfert et quelques autres. Il n'est pas certain que l'inconscient freudien sorte indemne de son elucidation existentiale.

Il est en tout cas apparent que la philosophie phenomenologique, meme osous la forme existentielle des auteurs francais, dans ses refutations initiales ou dans ses essais d'equivalence comme dans ses convergence ulterieures, n'atteint pas reellement l'inconscient freudien. La tentation presomptueuse du psychiatre est de voir dans cet echec la consequence de la position marginale du philosophe par rapport a l'experience psychiatrique et de chercher ce qu'il en est du cote de la psychiatrie phenomenologique.

L'inconscient et la psychiatrie phenomenologique

A la difference, parfois, de la phenomenologie philosophique, la phenomenologie psychiatrique ne s'est jamais restreinte au vecu conscient sauf au tout debut chez Jaspers. S'appuyant sur une formulation malheureuse et ephe-mere de la phenomenologie comme "psychologie descriptive" dans les Recherches logiques, Jaspers limite sa phenomenologie a la description systematique des vecus conscients des malades mentaux de meme qu'il limite leur comprehension genetique aux vecus conscients du psychopathologue. Il n'accepte done que le preconscient freudien et voit dans I'inconscient stricto sensu une construction artificielle octroyant le statut d'explication causale a ce qui n'est que comprehension ou, le plus souvent, pseudo-comprehension. Jaspers, ce faisant, s'enferme dans un cercle vicieux puisque les vecus conscients des malades devraient avant tout donner acces a leurs mondes dont la* connaisance, seule, peut procurer leur sens a ces vecus (Broekmen). Mais a la verite la phenomenologie n'est pour Jaspers qu'une methode, parmi d'autres, de la psychopathologie et ne fonde pas un projet psychiatrique global: son refus de l'inconscient n'engage en rien la psychiatrie phenomenologique qui debute en fait apres lui.

Il n'est pas necessaire ici d'en retracer dans le detail le developpement complexe, quoique unitaire dans la psychiatrie de langue allemande, mais d'esquisser le fond ou apparait la problematique de l'inconscient. Debutant dans les annees 1920, avec Binswanger, Straus, Von Gebsattel, Minkowski, dans le cadre d'une anthropologie phenomenologique quoique non etroitement husserlienne, la phenomenologie psychiatrique s'inflechit sous l'influence de "L'Etre et le Temps" de Heidegger (1927) vers une formulation existentielle chez Storch et Binswanger. L'Analyse existentielle (Daseinsanalyse) de ce dernier, annoncee par le travail de 1933 sur la "fuite des idees" maniaque, trouve son illustration classique a partir de 1944 dans les etudes sur la schizophrenic. L'influence heideggerienne motive un peu plus tard la revision de la. psychanalyse en "Analytique existentielle" par Medard Boss. Mais la revelation du Husserl tardif et son contre-coup sur Interpretation generale de la phenomenologie suscitent un nouvel inflechissement: bien quel'acquis de source heideggerienne soit conserve, le "retour a Husserl" caracterise le Binswanger tardif de "Manie et Melancolie" (1960) et de "Delire" (1965), dans une direction, brillamment suivie par Blankenburg, qui deplace l'accent de l'analyse du Dasein a l'analyse de l'experience (Erfahrung). C'est la remettre au centre le probleme du denominateur commun de toute psychiatrie phenomenologique, le primat du "voir", dans sa demarche, primat exprime dans le reproche repete de Binswanger a Freud de faire passer les "tendances supposees" avant les "phenomenes percus". Ce primat fonde la reticence plus ou moins explicite mais constante devant les concepts si non la pratique de la psychanalyse et en particulier devant l'inconscient freudien. Bien qu'en derniere analyse l'inconscient soit sans douteun probleme lateral, un probleme pour la psychiatrie phenomenologique plutot qu'un probleme de la psychiatrie phenomenologique cette reticence a pu у coexister avec un certain attrait, ainsi. chez Binswanger. Son ambivalence devant l'inconscient rend sa pensee exemplaire pour notre theme et nous nous у tiendrons, car son evolution reflete l'eventail d'attitudes possibles du psychiatre phenomenologue.

Binswanger qui a entretenu une longue amitie avec Freud, retrace dans "Mon chemin vers Freud" l'evolution de sa position et force est de constater que "si Ton s'en tenait a son decour apparent, on verrait ce chemin l'eloi-gner plutot que le rapprocher de Freud" (Fedida). Peu importe ici le detail des etapes mais deux grandes attitudes successives sont a distinguer, separees par la reception de "L'Etre et le Temps" et ses contre-coups.

Dans la premiere de ces attitudes dont les articles echelonnes de 1920 a 1926 sont les temoins, Freud apparait avant tout comme l'introducteur d'une nouvelle psychologie dans l'etude de l'homme sain ou malade, ainsi fondee "pour la premiere fois" sur l'experience. L'effort de Binswanger ici va a une justification philosophique et plus specialement phenomenologique des concepts comme de la technique freudienne: ainsi en 1926, Binswanger propose une analyse intentionnelle de l'interpretation psychanalytique qui en montre la large base experientielle et l'assimile a une quasi-experience. Mais des cette pericde un article de 1924 refuse la reduction des valeurs "spirituelles" a leurs sources pulsionnelles: Binswanger cherche entre l'approche "naturwissenschaftlich" de Freud et l'approche "geisteswissenschaftlich" une "psychologie de la Personne" qui ne soit ni l'uneni l'autremais justement une psychologie. C'est "L'Etre et le Temps" qui va montrer a Binswanger que la solution n'est pas dans une psychologie mais dans une anthropologie et amorcer le developpement de l'analyse existentielle, ainsi que le changement d'attitude a l'egard de la psychanalyse.

La seconde attitude de Binswanger, bien exprimee dans les articles de 1936 sur Freud, est beaucoup plus critique que la premiere. Pour comprendre Freud, il ne faut pas partir de la psychologie mais de la biologie et Binswanger reconnait avoir lui-meme com mis longtemps l'erreur. L'idee directrice de Freud est celle de l'Homo Natura qui n'est pas l'homme reel mais sa reduction a la corporalite, a la vie, a la pulsionnalite. L'Homo Natura apparait au terme d'un procssus de re'duction commun a toutes les sciences naturalistes qui ne savent que faire des phenomenes et n'ont rien de plus presse que de les debarrasser de leur phenomenalite, preferant toujours, comme Freud, les "tendances supposees" aux "phenomenes pergus". C'est une construction scientifique permise par la destruction de l'experience globale de l'homme par l'homme, c'est-a-dire de la comprehension anthropologique. Dans son effort de comprendre l'homme a partir d'une seule de ses regions, la naturalite, la pensee freudienne se croise avec celle de la psychiatrie clinique: simplement, alors que Meynert choisissait l'anatomie et Wernicke la neuro-pathologie cerebrale, Freud choisit le developpement psycho-biologique. L'anthropologie a pour tache de defendre l'existence humaine totale contre cette idee reductrice de l'Homo Natura et de legitimer ainsi l'autonomie de la region de l'Esprit et des formations culturelles (religion, morale, art). Cette protestation, qui a pour source le primat phenomenologique du "voir" (les valeurs elles aussi sont "visibles"), se retrouve chez les autres psychiatres comme Von Gebsattel distinguant a la suite de Scheler la Personne et l'lndividu ou encore chez Ricoeur, completant l'archeologie et l'hermeneutique regressive de Freud par une teleologie du sujet et une hermeneutique progressive.

"L'Etre et le Temps" a permis ce changement d'attitude parce qu'a la difference de la phenomenologie husserlienne - tout au moins en apparence - la problematique du Dasein, de l'etre-la, de la Presence-humaine se situe en dega de l'opposition entre psyche et corps, entre conscient et inconscient et c'est aussi le cas de l'Analyse existentielle de Binswanger. Reprenant en 1947 ses travaux anterieurs, il montre ainsi que la notion centrale de projet-du-monde n'est ni consciente ni inconsciente: elle ne concerne rien de psychique mais ce par quoi le psychique devient possible. Le primat de la continuity qui regit le monde d'une jeune phobique angoissee par toute manifestation de separation ou le primat du remplissement qui domine le monde de l'avare s'expriment simplement dans le vecu, conscient ou non, et il en est de raeme pour les projets du monde plus complexes de schizophrenes etudies par Binswanger. L'indifference a l'alternative conscient-inconscient est , raeme en dehors de l'Analyse existentielle, constante dans la psychiatrie phenomenologique: la stagnation du temps vecu caracterise la melancolie (Von Gebsattel), l'indisponibilite du corps vecu dans sa fonction de manifestation du Soi a Autrui est au centre de la schizophrenie (Zutt) mais il est contingent que le patient eprouve des illusions temporelles ou corporelles conscientes. De merae dans son "principe du double aspect", Minkowski oppose l'aspect ideo-affectif conscient (la tristesse du melancolique, les idees delirantes) a l'aspect structural spatiotemporel qui n'est ni conscient ni inconscient mais d'ordre anthro-pologique.

A propos du cas de schizophrenie Ellen West en 1944, Binswanger reprend integralement son assimilation de la psychanalyse freudienne a une demarche naturaliste, soumise comme la psychopathologie classique au "processus de reduction diagnostique", et objectivant la temporalisation en chronologie, la flexion existentielle en processus genetique, l'histoire interne de la vie en histoire de la nature, l'etre-humam individuel comme etre-la et Presence en entites impersonnelles. L'etres-humain individuel se comprend a partir de son Monde et le Monde se cristallise dans le langage: quand il n'y a pas de langage vrai, il n'y a pas de Monde ni d'individualite et c'est le cas de l'inconscient freudien qui peut a la rigueur viser a l'etre mais non a l'Etre-la dont le la est ouverture au Monde et a l'Etre. L'inconscient n'a pas de monde et ne se comprend pas a partir de son monde. Les instances psychanalytiques et tout particulierement le Ca ne sont que des "constructions scientifiques objectivant l'Etre-la". Le conflit entre le Moi et le Јa ne peut done definir le nevrose qui est plutot "dechirement" entre deux formes d'etre fondamentales: la forme discursive inauthentique de l'On et la forme existentielle authentique du Soi (Grundformen..., 1942).

En fait la position reelle de Binswanger devant Freud et l'inconscient freudien est restee sans doute plus nuancee. Dans "Mon chemin vers Freud", le naturalisme de celui-ci parait etre plus celui d'un "Naturphilosoph" que d'un savant positiviste. L'ambivalence de Binswanger apparait bien dans son commentaire sur une lettre de Freud lui demandant.. "Comment allez-vous en tirer sans l'ics.?" (Souvenirs sur Sigmund Freud): "Je ne m'en suis naturel-lement jamais "tire sans l'ics-", que ce soit dans la pratique psychotherapique, qui est impossible sans la conception freudienne, que ce soit, de raeme, dans la theorie. Mais en me tournant vers la phenomenologie et l'analyse existentielle, le probleme de l'inconscient s'est transforme pour moi; il s'est elargi et approfondi dans la mesure ou il s'opposait toujours moins au "conscient" qui le determine encore largement en psychanalyse. Dans la mesure ou dans l'analytique existentielle de Heidegger-au contraire de Sartre - part precisement non du conscient, mais de l'etre-present comme etre-dans-le-monde, cette opposition s'effacait pour moi au profit d'une description des divers modes et des diverses structures phenomenologique decelables de l'etre-dans-le-monde".

On ne constate pas cependant dans les dernieres oeuvres de Binswanger de rapprochement avec les theses psychanalytiques qui paraissent, quand l'occasion de les rappeler se presente (a propos des attitudes de la maniaco-depressive Olga Blum a l'egard de ses parents), se placer sur un plan qui n'est pas celui de Binswanger. Ce dernier est dans le cadre du "retour a Husserl" la phenomenologie genetique ou egologique ou constitutive et non plus la phenomenologie transcendantale et la phenomenologie descriptive. Il ne s'agit plus de decrire les structures transcendantales d'un monde pris comme deja constitue mais de decrire cette constitution meme qui est en meme temps constitution de l'Ego, de l'expliquer. Binswanger a done recours a la phenomenologie genetique a laquelle les Husserliana (XI, ррЗЗб sq.) assignent une fonction explicative, permise par la genese, passive, et qui est solidaire de la notion du Lebenswelt, pre-predlcatif et pre-reflexif. Cet effort est permis par un deplacement d'accent de l'analyse du Dasein a l'analyse de l'experience (Erfahrung), comprise non pas comme un vecu psychique toujours deja achieve, comme un terminus a quo mais comme un terminus ad quem vers lequel le phenomenologue tend sans cesse, dans un dessein d'adequation a l'objet de l'experience, toujours asyrrptotique. Il s'agit toujours d'un "voir" mais d'un "voir" correspondant au probleme en jeu et done ici d'une experience egologique ou genetique, differente de l'experience empirique ou transcendantale.

C'est cette direction d'une "maitrise de l'experience" (Szilasi) qu'a approfondie plus recemment Blankenburg, en particulier dans son analyse des schizophrenics de type hebephrenique. L'hebephrene a perdu "les evidences naturelles" qui sont predonnees a l'homme normal par la genese passive et lui permettent de vivre sur un fond de comprehension anonyme et pre-reflexive des rapports au monde, au temps, a soi et a Autrui. A la difference de l'homme normal, l'hebephrene ne vit plus dans l'attitude naturelle dont la reduction phenomenologique vise l'abandon. Tout se passe comme si l'experience de l'hebephrene et plus generalement du schizophrene etait une experience vecue sous le regime de la reduction, meme si cette reduction est pour lui subie et torturante et non voulue et feconde comme pour le phenomenologue. Pour comprendre cette experience de son patient, celui-ci doit egalement quitter l'attitude naturelle et son type d'experience, e'est-a-dire pratiquer la reduction pour atteindre un type d'experience transcendantale (Blankenburg ne distingue pas ici, comme Binswanger, entre experience transcendantale et experience egologique).

En fait les choses sont plus compliquees: chez le malade l'experience est un mixte d'experience empirique et d'experience transcendantale et Ton peut meme definir l'autisme schizophrenique comme la situation ou le Je empirique essaye d'assumer - sans succes reel d'ailleurs - les taches du Je transcendantal defaillant. L'experience requise du psychiatre phenomenologue comporte alors deux etapes: devoiler les implications transcendantales des comportements empiriques du patient (par exemple l'absence des "evidences naturelles") et les fondre avec ces donnees empiriques. Mais ces etapes sont artificiellement distinguees: l'experience, si elle est vraiment experience, "voir" phenomenologique, fusionne les deux composantes.

C'est ici qu'apparait l'analogie avec l'experience analytique qui doit devoiler le sens inconscient (par exemple la relation objectale primaire impliquee par les relations objectales ulterieures) et le fusionner avec les donnees concretes du patient hie et nunc - ainsi pour comprendre le transfert et l'utiliser. D'autres analogies apparaissent aisement entre la necessite de la reduction pour le psychiatre phenomenologue et celle de l'analyse didactique pour le psychanalyste ou encore entre les resistances a l'analyse et les resistances a la reduction - celles-ci oeuvrant d'ailleurs en sens inverse chez le psychiatre et son patient (l'hebephrene lutte entre la perte des "evidences naturelles", le psychiatre contre leur persistance).

Il n'en reste pas moins que ces analogies sont d'ordre esentiellement formel, portant sur la structure et non sur le contenu des experiences en jeu. Si Ton voulait parler, de facon purement metaphorique, d'un "inconscient" transcendantal, il faudrait I'opposer vigoureusement a l'inconscient freudien dont il ne partage ni la nature epistemologique ni surtout les fonctions: le premier permet le maintien de l'attitude naturelle en lui fournissant le fond necessaire des "evidences" naturelles", et, garant de "l'autos" du soi, autorise l'autonomic du Je empirique, alors que le second est dans une large mesure son adversaire plus ou moins contenu.

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Conclusions

L'inconscient freudien est dans son essence relatif a la situation analytique et a la presence de l'analyste, ce qui n'implique nullement qu'il en soit la projection subjective, comme le voulait Politzer. Ce n'est pas assez que de dire avec Kaufman que I'inconscient est "la coherence des conditions empiriques dans lesquelles le sujet prend la mesure de son ignorance de soi". II faut preciser avec Lacai qu'onnepeut faire apparaitre l'inconscient par laconnais-sance theorique (fut-ce celle de la theorie analytique) mais seulement dans l'experience analytique et avec Ricoeur que les concepts analytiques sont "les concepts necessaires a la systematisation de l'experience analytique". L'etre-humain apparaissant dans cette experience etant un etre-desirant, Ricoeur peut ajouter que les concepts analytiques sont les "conditions de possibility d'une semantique du desir". Theorie analytique et situation analytique forment une structure circulaire et dans ce contexte I'inconscient freudien est un concept indiscutable et inexpugnable. Dans la situation analytique, I'inconscient jouit d'une sorte d'extrateiritorialite qui le rend inevitable pour celui qui est dans cette situation et evanescent pour celui qui n'y est pas, qu'il veuille le critiquer ou le legitimer : c'est le dilemme de l'inconscient selon Lanteri-Laura. C'est un autre probleme que de decider de l'adequation de la situation analytique a l'essence de l'etre-humain ou, ce qui revient au raeme, d'accepter que cette essence s'epuise dans l'etre-desirant. Binswanger (1936) voyait dans cette acceptation un postulat du naturalisme freudien: "L'activite de souhait n'est pas constitutive de l'homme en [general mais bien de l'appareil psychique construit de l'Homo Natura... seul un etre qui peut seulement souhaiter peut etre concu par nous comme enclave entre la pulsion et l'illusion" (e'est-a-dire les illusions que seraient la religion, la morale et Tart). Le sort de l'inconscient est ainsi celui de la situation analytique et tous deux sont lies au caractere universel ou contingent des conditions culturelles qui les sous-tendent.

La problematique de l'inconscient pour la phenomenologie existentielle est orientee par l'absence de liaison necessaire de celle-ci avec l'experience analytique. Son but n'est pas, au moins primairement therapeutique mais "scientifique", quoiqu'a la verite il soit actuellement critiquable dedefinir la psychanalyse par un but therapeutique. La demarche phenomenologique en tout cas est differente et repose sur une activite reflexive qui n'empeche pas le primat du"voir". Or il est difficile de "voir" la genese proprement biographique et plus encore l'energetique - dont l'intrication avec l'hermeneutique est un invariant de l'inconscient freudien, a moins qu'on ne fasse jouer son role separateur a "la lettre dans l'inconscient". Ces differences sont a la base de la difference de nature entre sens phenomenologique et sens inconscient. Enfin l'inconscient n'est pas un objet spontanement rencontre par la phenomenologie qui se le voit presenter du dehors.

Ces difficultes sont dans l'ensemble communes aux phenomenologues philosophes ou psychiatres mais leurs reponses ont ete assez differentes. Les premiers ont parfois refute l'inconscient, souvent cherche a le tourner par la xecherche d'equivalent. Il est vrai que beaucoup de concepts phenomenologiques peuvent jouer ce role d'equivalents ou en tout cas d'indicateurs de l'inconscient: citons en vrac, pour les avoir deja detailles, la mauvaise foi sartrienne, lecorps comme complexe inne de Merleau-Ponty, la vie transcendantale, la conscience pre-reflexive ou pre-personnelle, l'attitude naturelle husserlienne, l'inauthenticite heideggerienne, la dereliction... Mais ces concepts, comme Ricoeur Га montre le plus lucidement, s'arretent au seuil de l'inconscient freudien. La phenomenologie ne pourrait vraiment rencontrer l'inconscient freudien que dans sa propre "latence", dans son propre "inconscient" (Merleau-Ponty) ou bien encore dans une sorte de "psychanalyse ontologique" (Lefeuvre) qui n'est ni psychanalyse ni phenomenologie.

La tache des psychiatres phenomenologues - en tant que phenomenologues, qu'ils soient ou non aussi psychanalystes - est differente de celle des philosophes. Elle n'est pas fondamentalement d'ordre epistemologique et consiste plutot dans la conceptualisation de leur propre experience concrete avec l'homme malade. Cette experience ne rencontre pas directement l'inconscient freudien mais se meut dans la sphere d'un sens et d'un vecu anthropologique qui n'est ni conscient ni inconscient. La tentation de la psychiatrie phenomenologique est alors de se referer a une anthropologic, titree de Heidegger, Sartre ou Merleau-Ponty et fonctionnant comme norme des "ecarts" du malade. C'est au contraire dans le deroulement meme de l'experience psychiatrique et presqu'a l'occasion de chaque malade que l'anthropologie doit etre faite et refaite par le psychiatre pour etre vraiment phenomenologique (Blanken-burg). L'analyse existentielle "classique" n'a pas echappe a ce piege d'une conceptualisation d'emprunt. C'est le "retour a Husserl" de Binswanger et sa poursuite par Blankenburg qui permet d'y echapper et de guider l'effort vers un modele authentiquement phenomenologique de l'experience psychiatrique.

Le modele de l'inconscient freudien peut у aider, non en tant que modele psychanalytique mais en tant que modele d'experience, non par son contenu mais par ses suggestions formelles. C'est ainsi que dans le modele de Blankenburg les structures transcendantales doivent "remplacer" les structures de l'inconscient. On peut rapprocher la theorie marxiste de la personnalite ou Seve reprend le modele topique de Freud mais le pourvoit d'un autre contenu: les structures sociales - ceci parce qu'il vise l'experience de l'homme-travaillant et non celle de l'homme-desirant des psychanalystes. Le modele freudien rend compte de l'excentration et de l'opacite a soi-meme de l'etrehumain mais le choix du contenu - inconscient freudien, structures transcendantales ou rapports sociaux de production - depend du type d'engagement de l'experience visee.

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Cette bibliographie est limitee aux travaux direcstement cites et omet les references-aux oeuvres de FREUD.

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